L’archiviste peut-il se faire ubériser ?

« Ringardiser, faire disparaître, un concurrent dépassé par l’innovation technologique. »

Telle est l’une des deux définitions Wikipédia du tout récent (et pas encore admis par l’Académie française) verbe « ubériser« .

Je lisais il y a peu un article (damned, je ne parviens pas à remettre la main dessus, toutes mes excuses, mais il y en a des tonnes sur le net) sur l’ubérisation imminente de certaines professions et me suis posé la question suivante : l’archiviste peut-il se faire ubériser ? Oui, je sais, vous avez lu le titre, vous saviez à quoi vous attendre … maintenant, essayons de répondre à cette question !

question

Ubériser les archives ?

Peut-on ringardiser les archiv(ist)es ?

Vous le savez, j’adore mon métier, mais je déteste la vision que le monde en a. Dans mon premier billet, je vous présentais quelques unes des visions bien négatives que le commun des mortels peut avoir de notre si beau job. En fait, de base, je pense que 90% de la population considère DÉJÀ les archives comme un truc ringard. Les 10 % qui manquent ? Ils sont soit archivistes, soit de la famille d’un archiviste, soit bien contents qu’un jour, un archiviste les aient sortis du pétrin !

Alors dit comme ça, on va avouer qu’il est difficile d’un point de vue extérieur de ringardiser davantage ce métier. Oui, sauf que non (je sais, c’est profond comme réflexion, ne me remerciez pas). Parce que dans la réalité, nous sommes loin d’être ringards, et voici quelques éléments qui le prouvent :

  • Nous sommes une moultitude sur Twitter, Facebook, LinkedIn, à partager des informations, communiquer des documents, lancer des débats parfois très animés, organiser des apéros, notamment via le hashtag #viedarchiviste qui le prouve ;
  • Un très grand nombre de services d’archives (souvent publics, il faut bien le reconnaître) donnent accès à des documents numérisés, voire font de la valorisation par le biais d’expositions virtuelles ;
  • Nous disposons de différents réseaux nous permettant d’échanger, de faire des retours d’expériences, des groupes de travail, de faire bouillonner nos connaissances et notre maîtrise du métier pour faire jaillir des idées nouvelles, asseoir des concepts, etc. Je pense entre autre à l’AAF ou au CR2PA, mais il y en a d’autres, comme le PIN ou le PIAF (liste non exhaustive et non ordonnée, évidemment) ;
  • Il existe presque autant d’associations d’étudiants et anciens étudiants des formations d’archivistes qu’il n’y a de formations, et ça aussi, ça crée aussi une dynamique de réflexion et de partage.
socialmedia

L’archiviste et les réseaux sociaux

Alors non, même si l’opinion publique est convaincue du contraire, on ne peut pas ringardiser les archivistes, car peu importe leur âge ou leurs expériences professionnelles, ils sont dynamiques et innovants.

Mais est-ce aussi simple ?

Et si tout ceci pouvait changer, du jour au lendemain ? Et si quelqu’un sortait de son chapeau une application révolutionnaire permettant l’archivage en deux glissements de pouce sur un écran tactile ?

Uberisation_archivage

Archiver en un coup de pouce !

Bien sûr que non, répondrons-nous tous en cœur. Nous … nous, les archivistes ou plus largement les professionnels de la gestion du document. Non, parce qu’on sait ce qu’est le métier, on sait que l’on est irremplaçables, que le Monde a besoin de nous pour archiver … la machine ne peut pas penser à notre place, il faut toujours un contrôle humain.

Pourtant, il me revient à l’esprit cette phrase de Socrate :

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.

Bon, on ne va pas tergiverser sur les mots exacts de cette maxime, le fait étant que peu importe si la traduction est littérale ou imagée, le fond reste le même. Dans le cas présent, elle signifie pour moi que nous ne sommes absolument pas en mesure de connaître l’avenir, donc de prévoir les mutations dans le domaine de l’archivage, et donc, de pouvoir répondre à la question initiale (relisez le titre si je vous ai perdu entre temps …).

Alors, tout est fichu ?

Mais non, tout n’est pas fichu ! Il faut juste faire attention à ne pas trop s’admirer le nombril archivistique et apprendre à s’incruster dans les réseaux des producteurs, c’est-à-dire de ceux qui demain vont nous sortir du chapeau des formats de documents bizarres, hétérogènes, inconnus au bataillon et avec lesquels il va falloir se débrouiller … Nous devons donc ausculter le monde qui nous entoure. L’archiviste ne doit surtout pas se laisser archiver (c’est-à-dire ubériser), il doit être toujours en avance sur son temps et être très attentif aux mutations des méthodes de production de documents, de données, aux différents flux d’informations à capter. Il ne doit pas uniquement se concentrer sur son réseaux de collègues archivistes, documentalistes ou autres professionnels de la gestion de l’information mais doit veiller activement les sujets émergents tels que le Big Data, le BIM (Building Information Modeling), les réseaux sociaux (qu’on pourrait hâtivement corréler avec le Big Data, mais il me semble intéressant de les en sortir, car les problématiques d’archivage de ces données recouvrent en plus une dimension de protection de la vie privée … j’y reviendrai). Ces technologies sont déjà connues depuis quelques années, mais on commence tout juste à se les approprier d’un point de vue archivistique et … c’est déjà un peu tard !

disney alice in wonderland late white rabbit

L’archiviste est souvent un peu en retard sur les évolutions liées à la production !

On râle souvent (moi la première, ceux qui me connaissent un peu savent que je râle même plus que de raison) en disant qu’il faut toujours qu’un drame survienne pour qu’on prenne la mesure de l’importance des archives. Et si nous nous étions mieux adaptés en amont aux problématiques ? Certes, on arrive parfois dans des lieux où l’arriéré est tel qu’il est presque impossible de réfléchir au futur, tant demain semble même lointain. Mais se positionner en préambule à toute production pour apporter notre expertise serait le moyen idéal de ne pas se faire remplacer par une technologie « facile et pas chère » … mais n’assurant pas la même qualité de service !

Comme les Anonymous, nous devrions scander haut et fort nos valeurs.

Nous sommes Archivistes. Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Redoutez-nous.

youhavebeenarchived

Vous avez été archivé

Sur ce, je vous souhaite une bonne journée, et à très bientôt pour un nouveau billet.

Archivistiquement vôtre,

Déborah P.

Je rappelle que vous pouvez me suivre sur Twitter, me retrouver sur Facebook ou LinkedIn !

Publicités

2 réflexions sur “L’archiviste peut-il se faire ubériser ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s